Agir autrement

L’histoire de la centrale hydroélectrique au fil de l’eau Kwoiek Creek.

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Ouverture officielle du chantier du projet hydroélectrique Kwoiek Creek, en Colombie-Britannique.

 

À la fin des années 1980, poussé par sa vision d’un futur meilleur pour les siens et par son désir d’agir autrement pour le réaliser, le chef James Frank amène la bande indienne de Kanaka Bar à faire une demande de permis d’utilisation de l’eau, après avoir observé la ruée vers de tels permis dans le but de développer des centrales hydroélectriques au fil de l’eau qui avait alors cours, résultat de la nouvelle politique de production énergétique indépendante de BC Hydro. « Kanaka, explique-t-il, a toujours été consciente de la puissance de Kwoiek Creek. L’industrie des énergies renouvelables offrait l’occasion rêvée de faire valoir d’une manière moderne les droits et les titres de la nation Nlaka’pamu. »


« [Les producteurs d’électricité indépendants] représentent une industrie de choix pour les Premières Nations de la province qui sont, en général, isolées et éloignées des grands centres, et qui cherchent des moyens de créer de l’emploi et de générer des revenus capables de les aider à soutenir leurs communautés. »

Adam Olsen, leader autochtone et chef intérimaire du Parti vert de la Colombie-Britannique


La bande autochtone se met alors à recueillir des données de référence sur l’utilisation des terres et sur les débits d’eau. Elle ouvre le dialogue avec les gouvernements fédéral et provincial dans le cadre du processus d’étude du projet et de délivrance de permis. Elle tente – en vain – des partenariats avec trois entreprises pour faire lever le projet. Et enfin, en 2005, elle s’associe à parts égales dans une coentreprise avec Innergex, qui s’engage à fournir l’expertise et le capital nécessaires au projet, tout en permettant à la bande de participer à toutes les décisions relatives à la conception, à la planification et à la construction.

Les deux partenaires présentent le projet en 2006, à l’occasion d’un appel d’offres d’énergie renouvelable de BC Hydro, et obtiennent un contrat d’achat d’électricité de 40 ans, ce qui donne le feu vert au projet. Il leur faudra trois ans pour compléter le processus d’évaluation et de certification environnementale et deux ans de plus pour consulter pas moins de 16 communautés de Premières Nations voisines, dont plusieurs devaient donner leur accord au passage sur leur territoire des lignes de transport d’électricité du projet.

La construction est lancée au printemps 2011. La création locale d’emplois est une priorité pour la communauté ; pendant les travaux, près de 40 % des travailleurs du chantier sont des membres de la bande de Kanaka Bar, soit deux fois la moyenne provinciale pour de tels projets. On construit une grue à câble au-dessus du fleuve Fraser pour accélérer le transport des matériaux et de l’équipement. On installe sous la surface du sol la conduite forcée de sept kilomètres reliant la prise d’eau à la centrale. On répare des routes d’accès et des ponts forestiers en mauvais état, qui seront désormais entretenus selon les normes de l’industrie. On aménage aussi un chenal de compensation d’un kilomètre pour les poissons, comportant plusieurs déviations, des étangs et de petits lacs. En novembre 2013, plus de 20 ans après l’idée initiale du chef Frank, la centrale produit enfin ses premiers mégawatts d’électricité.

Les membres de Kanaka Bar sont très fiers de cette réussite. « La collaboration de nos communautés avec le secteur des énergies renouvelables apporte des actifs générationnels et des bénéfices à long terme à Kanaka Bar, aux résidents de la localité ainsi qu’à toute la Colombie-Britannique, explique Patrick Michell, agent de liaison de la communauté de Kanaka Bar. Une petite communauté comme la nôtre ne se voyait certainement pas servir de vitrine et établir de nouvelles normes en 1990. Mais aujourd’hui, nous sommes en mesure de témoigner du pouvoir de la collaboration et c’est ce que Kanaka entend faire. »


« Pour réussir un projet, il faut une relation basée sur la confiance. Elle prend du temps à bâtir, elle peut se perdre en un instant et elle exige un effort constant de chacun, pendant toute la durée du projet. »

Patrick Michell, agent de liaison de la communauté de Kanaka Bar


En fait, le succès de la centrale Kwoiek Creek a incité la bande à identifier plusieurs autres projets d’énergie renouvelable qu’elle prévoit développer à l’avenir. « Mais, pour le moment, conclut Patrick Michell, l’effet des retombées économiques, les sourires sur les visages des gens et les gains communautaires en termes de fierté, d’estime de soi et de confiance en soi sont tout ce qui compte. »